En France, on n’a jamais autant mangé de poulet. La consommation a encore progressé de 5,6 % en 2025, et les enseignes spécialisées se sont multipliées. Sur le papier, c’est l’un des marchés les plus porteurs de l’industrie alimentaire. Dans les faits, le champion du secteur vient de demander à la justice de geler ses dettes pour éviter le crash.
ProNoïa et KFC
Le groupe en question s’appelle ProNoïa, et il y a de grandes chances que vous n’en ayez jamais entendu parler. Après un premier KFC franchisé ouvert à Pau en 2013, le groupe exploite aujourd’hui une quarantaine de restaurants de l’enseigne et emploie près de 900 salariés. Le 23 septembre dernier, le tribunal de commerce de Bordeaux a ouvert une procédure de sauvegarde au bénéfice de la holding et de plusieurs de ses filiales. L’information n’a été rendue publique que fin octobre, via les annonces légales, avant d’être reprise par l’AFP. Une nouvelle audience est fixée au 2 décembre, et les créanciers ont jusqu’au 31 décembre pour déclarer leurs créances.
Sur l’exercice clos fin mars 2025, ProNoïa a réalisé 83,9 millions d’euros de chiffre d’affaires… pour 7,2 millions d’euros de pertes nettes. Sa dette financière atteint 60,7 millions d’euros, soit l’équivalent de près de neuf mois de ventes. La filiale francilienne a perdu à elle seule 4,7 millions d’euros sur l’exercice clos fin mars 2026, et ses dettes dépassent ses actifs de 14,6 millions d’euros.
Sur les 34 ouvertures prévues par le groupe depuis 2023, seule une quinzaine a vu le jour. Entre-temps, les coûts de construction et de fonctionnement ont explosé, les ouvertures ont pris du retard, et la dette a augmenté.
Une sauvegarde plutôt qu’une faillite (pour le moment)
La procédure de sauvegarde est demandée par l’entreprise elle-même, tant qu’elle n’est pas en cessation de paiements. Elle permet de geler les dettes le temps de bâtir un plan de remboursement, qui peut s’étaler sur dix ans. Pendant cette période d’observation, l’activité continue sous l’œil d’un mandataire judiciaire. Contacté par l’AFP, KFC France parle d’une démarche « proactive » pour « adapter et restructurer son activité face à un environnement économique exigeant », et assure que les établissements « poursuivent leur activité ».
Si aucun plan viable n’émerge, le dossier peut basculer en redressement, voire en liquidation judiciaire. Une restructuration passe aussi, très souvent, par la cession ou la fermeture des points de vente les moins rentables. Pour les 900 salariés, l’incertitude demeure, même si aucune suppression de poste n’a été annoncée à ce stade.
KFC France affichait 885 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (+3,8 % sur un an, +38 % depuis 2021) et revendiquait fin 2025 environ 400 restaurants, 52 franchisés et plus de 16 000 salariés. Sauf que l’enseigne exploite l’immense majorité de ses restaurants via des franchisés. Quand les ventes grimpent, tout le monde est content. Quand les marges fondent, c’est rarement le franchiseur qui boit la tasse.
ProNoïa n’est d’ailleurs pas un cas isolé. AmRest, autre poids lourd du réseau (et propriétaire de Sushi Shop), a vu ses ventes françaises reculer de plus de 10 % en 2025, avant un nouveau repli début 2026 et de premiers signes d’amélioration au deuxième trimestre. Aux États-Unis, la situation est encore plus tendue : au moins 312 KFC y ont fermé définitivement entre juillet 2025 et juillet 2026